SALLE JAURES

Jour 1

25 mai / 15h-16h
Ouverture

Présentation de l’exposition photo


Proposer une exposition de photographies sur le thème “Histoire et nature(s)” aurait pu prendre la forme d’une collection de photos de ruines, vestiges du passé disparaissant dans la nature après avoir été abandonnés, reproduisant l’opposition classique entre une nature éternelle et des sociétés humaines contingentes.

Dans Par-delà la nature et la culture, Philippe Descola décrit ainsi le Musée d’histoire naturelle de La Plata à Buenos Aires, dont les deux étages reflètent ce binarisme traditionnel entre la nature et la culture : « Sur le soubassement majestueux de la Nature, avec ses sous-ensembles ostensibles, ses lois sans équivoque et ses limites bien circonscrites, repose le grand capharnaüm des cultures, la tour de Babel des langues et des usages, le propre de l’homme incorporé dans l’immense variété de ses manifestations contingentes.» Ainsi les ruines du temple de Poséidon au cap Sounion en Grèce dégagent la touchante nostalgie propre au temps éphémère humain, accentuée par un coucher de soleil qui évoque la fin du jour en même temps que le caractère cyclique du temps naturel. Dans la même idée, la photo de l’église Saint-Barthélémy-de-Jonqueroles illustre une ruine du XIe siècle qui semble retourner à son état initial et dont les pierres se fondent dans la paysage de Bélesta.

Mais l’ambition de cette exposition est de dépasser la simple esthétique des ruines et, dans l’esprit des autres événements de la Semaine de l’Histoire, nous avons souhaité explorer par des photographies la richesse des interactions que les sociétés humaines ont entretenues avec la nature au cours de l’histoire. En proposant aux étudiant.e.s de l’ENS et du CFJ de nous envoyer leurs clichés sur un thème volontairement vaste, nous avons espéré réunir, sans objectif d’exhaustivité, un témoignage kaléidoscopique de la diversité et de la complexité de ces rapports.



Les photos des ruines de Pétra illustrent la fusion harmonieuse des aménagements humains et de la nature dans la roche jordanienne. Cette harmonie est également visible à travers le regard du photographe d’une barque dans le port de Nauplie (Grèce), où les jeux de reflets, de transparence et les camaïeux de couleur unissent la barque et l’eau dans un tout parfait.

Au Pérou, la taille organique des pierres dans les ruines inca ou l’agriculture en terrasses, sont emblématiques d’une sorte d’aménagement respectueux des proportions naturelles, épousant la forme des roches et la pente des montagnes.

L’aménagement est pourtant parfois radical, comme en témoignent les îles flottantes Uros sur le lac Titicaca, construites complètement artificiellement par accumulation de roseaux !

Les salines de Maras, toujours dans le sud du Pérou, montrent comment les humains ont su tirer parti des ressources de leur milieu naturel. Plus proche de nous, deux photos italiennes rappellent également comment la campagne a été modelée par l’histoire rurale, dans le Dolomites et autour en Toscane.

Une série de photos incarne la valeur émotionnelle que nous attribuons parfois à la nature. Dans une esthétique romantique, une fleur devant le ciel tempétueux du sud-ouest de la France rappelle la fragilité humaine, tandis qu’une tente logée dans l’immense altiplano évoque le sentiment sublime de la petite taille humaine dans l’univers. La superposition des regards sur la nature d’une photographe et de sa grand-mère à travers le hasard d’une pellicule réutilisée immortalise dans des paysages naturels des souvenirs et des douleurs toute humaines. Le brouillard, enfin, qui obstrue l’horizon, est rapproché de l’incertitude pesante du contexte actuel.

Dans certains contextes, ces émotions se sont chargées de spiritualité. D’un côté et de l’autre du globe, l’Himalaya et les Andes témoignent du lien étroit qui unit les spiritualités bouddhiste et andine au milieu naturel. L’inaccessibilité des montagnes y est recherchée pour exprimer la dévotion.

Enfin, deux photos se font écho l’une à l’autre pour nous rappeler les dangers de la pollution. Ainsi, un rapport plus violent entre homme et nature transparaît dans la photo des déchets rouillés d’une base américaine abandonnée au Groenland ou dans l’image d’un train abandonné aux portes du Salar bolivien. Ces photos évoquent les enjeux écologiques du rapport entre les sociétés humaines et la nature.

Ces points de vue contemporains sur les rapports des sociétés humaines à la nature sont accompagnés, ici et là, par des perspectives arrivant du passé. Les planches botaniques et zoologiques de quelques ouvrages de la bibliothèque de l’ENS nous permettent de faire un saut dans le temps, quand les caméras ne pouvaient pas encore se saisir de la nature.




Élèves

Francesco Zambonin

Stéphanie Gadat