En 1973, l’historien américain Hayden White faisait paraître Metahistory. The historical imagination in nineteenth-century Europe (Johns Hopkins University press, 1973). Dans cet ouvrage qui fit grand bruit, il défendait l’idée que l’histoire est une activité “poétique” dont les modalités d’écriture ne diffèrent guère de celles de la fiction. Il donnait ainsi sans le vouloir le coup d’envoi d’une vaste controverse bientôt qualifiée de linguistic turn. Dans quelle mesure l’histoire, si elle n’était au bout du compte qu’un langage, pouvait-elle en effet encore prétendre décrire la réalité passée ?
Dans Une histoire inquiète. Les historiens et le tournant linguistique (EHESS / Seuil / Gallimard, 2022) Jacques Revel et Sabina Loriga ont récemment revisité l’histoire du tournant linguistique, réfléchissant à l’héritage qu’il lègue aujourd’hui à la discipline. Nous reviendrons avec eux sur ce moment décisif et ses implications pour la manière dont on peut écrire l’histoire aujourd’hui.