Concepts nomades et intraduisibles en sciences sociales
En plus de placer les sources écrites au centre de son attention, l’historien.ne a comme outil de travail une langue spécifique, adaptée aux objectifs narratifs et scientifiques de ses recherches. Cet outil fait l’objet de réflexions spécifiques sous au moins deux aspects, qui informent sur l’évolution de la discipline historique et la communication de ses résultats. Le premier est la traduction des notions qu’elle utilise pour rendre compte des faits ou des idées qu’elle étudie. Le passage à une autre langue d’écriture, qui a souvent ses propres définitions de certaines notions critiques, et ses propres traditions de réflexion, induit un travail particulier pour rester au plus près de l’idée que l’on cherche à traduire. Cela est d’autant plus vrai dans le cas de champs de recherche entiers qui se sont d’abord développés dans une seule langue, comme les gender studies, et qui ont ensuite été approchés et parcourus dans d’autres aires linguistiques. Le second, fortement lié au premier, est la réutilisation ou l’adaptation de notions venues d’autres sciences sociales, avec lesquelles les historien.ne.s dialoguent de plus en plus dans une perspective transdisciplinaire, posant des questions de pertinence et de rigueur démonstrative. Ces débats permettent, en eux-mêmes, de mieux penser le travail historique et d’en renouveler certains cadres.